« la déontologie est une science qui traite des devoirs à accomplir ».par Chantal Dieuzaide
Réaction de chantal Dieuzaide
Paris, le 20 septembre 2006
Objet : lettre ouverte à Monsieur Jacques HOMMEL
Monsieur,
Ne recherchez pas mon nom dans le « Who’s Who » ni dans quelque magazine « people ». Je suis simple citoyenne de ce pays et c’est à ce titre que je vous écris.
J’ai eu connaissance de l’échange de courriers entre vous, responsable du carnet de l’Est Républicain, et la famille VOLSON au sujet de votre refus de publier son annonce.
Ce refus serait selon vous « justifié » par « une déontologie » qui entend « la barbarie nazie » comme « une allusion politique ou idéologique ». A cette formule, vous préférez « traumatisme des camps de concentration ».
Je tiens à vous faire part de mon indignation à la lecture de votre courrier.
Selon Larousse, « la déontologie est une science qui traite des devoirs à accomplir ».
Le premier devoir de la presse n’est-il pas d’informer le lecteur, de réveiller sa conscience et de relater des faits en toute authenticité afin de lui permettre d’agir et de penser en toute liberté ?
Est-il possible de réduire les atrocités de la dernière guerre, la déportation et la mort de milliers d’être humains dans notre pays au terme « traumatisme » ? Craindriez-vous donc de « traumatiser » vos lecteurs en leur rappelant une sombre partie de l’Histoire de leur pays ?
Pour ma part, bien que n’ayant pas été atteinte directement dans mon histoire personnelle et familiale par la barbarie que fut l’extermination de millions de juifs, je revendique le droit de me souvenir.
Je revendique le droit de combattre des discours « édulcorés » sur la Shoah.
Je revendique le droit de refuser toute révision de l’histoire.
Je n’ai pas oublié que certains de mes compatriotes ont participé activement à ce génocide. J’espère ne jamais l’oublier, jusqu’à mon dernier souffle.
J’espère pouvoir continuer, dans mon pays, à lutter contre les injustices et les violences raciales.
J’ai tout à fait conscience que je ne parviendrai jamais à laver ce sentiment de honte qui m’envahit lorsque je me remémore cette partie de mon Histoire. Mais c’est cette honte elle-même qui me permet de vivre dignement.
Je ne suis pas certaine, Monsieur Hommel que vous compreniez ces sentiments ni que nous partagions une même vision de ce qu’est la dignité et le devoir de mémoire. Néanmoins, je tiens à apporter ici mon soutien à la famille VOLSON et témoigner de mon indignation et de mon mépris à l’égard de toute pensée visant à revisiter l’histoire des régimes totalitaires.
Veuillez croire à l’assurance de ma dignité.
Chantal Dieuzaide, Paris