"aseptiser c'est nier" par Bernadette Quentin
Bernadette Quentin-employée aux PTT
d’ Evreux
Monsieur le directeur général du journal l’Est républicain,
Monsieur le directeur de la rédaction du journal L’Est républicain,
Monsieur le directeur de la publicité au journal l’Est républicain,
Evreux, le 6 octobre 2006
Il y a quelques jours j’ai pris connaissance de votre refus de publication tel quel d’un article de la famille de M. Wolfsohn souhaitant commémorer le souvenir d’un disparu prématurément à l’âge de 43 ans, laissant seuls une épouse et 4 enfants devenus orphelins de père. Vous n’ignorez pas que cette disparition est liée à la déportation et à la barbarie nazie, ce sont les faits, rien que les faits qui sont établis.
Voici le texte incriminé, texte dont je ne peux accepter que vous en ayez refusé la publication ou voulu en changer les termes :
« Il y a 40 ans, le 11 septembre 1966, disparaissait à la fleur de l'âge, Fred Wolfsohn dit “ Volson”, des suites d'une mauvaise rencontre avec la barbarie nazie .Ses fils, Patrick, Joël, Eric, sa sœur Paulette Slenzinski, et son ami de toujours, Marcel Chagnac vous demandent une pensée pour lui. »
Je suis indignée qu’une censure ait pu être exercée par le journal dont vous avez la responsabilité. Que reprocher à cette demande de parution et de communication ? Rien, ce communiqué reste digne et même modéré en parlant de mauvaise rencontre.
J’ignorais aussi qu’il y ait pour vous une déontologie à préserver dans une rubrique nécrologique, mais puisqu’il semble que votre journal en applique une, veuillez bien vouloir m’expliquer ce que vous entendez par ce terme de déontologie.
Veuillez aussi bien vouloir m’expliquer ce que sont pour votre journal, la République, la politique, l’idéologie ?
Je suis native de Lille et suis abonnée par le biais de la toile au journal La Voix du Nord. J’ai su qu’un journaliste de ce journal avait pris la décision de censurer aussi une telle rubrique en en changeant les termes : les mots milice et nazi, ne lui convenaient pas, ce fait c’était en janvier 2003. Je sais aussi que la direction de ce journal a pris connaissance de cette initiative avec stupeur, elle a fait amende honorable, la famille a reçu des excuses et le communiqué a été republié dans sa formulation initiale.
Dans la Voix du Nord de cette semaine figure un article, il n’est pas dans la rubrique nécrologique et voici quel en est le titre :
Calais a célébré l’anniversaire de sa libération du joug nazi les mots sont légitimes et importants, ils sont l’expression de la réalité de temps noirs à ne pas nier ou vouloir aseptiser. Les maux subis par tant de familles doivent ne pas être oubliés ou niés. Je n’ai pas connu cette époque noire, car née en 1948, pourtant je veux rester en République et que s’exerce la défense des Droits familiaux et citoyens ne voulant rien oublier ou nier des maux subis, peut-être cela s’appelle devoir de mémoire ? je sais ce que notre pays doit à la Résistance.
J’habite Evreux, dont vous connaissez sans doute le maire ? j’achète l ’hebdomadaire La Dépêche de l’Eure, vieux journal radical, qui, bien que connaissant les concentrations que subit la presse, reste attaché à certaines valeurs et n’a à ma connaissance jamais exercé de droit de regard ou censure dans ses rubriques nécrologiques ou même d’autres articles. Mes activités associatives en sont la preuve formelle. Est-ce que la Liberté de ton de ce journal est due au souvenir vivace de Pierre Mendès-France, attaché à l’Eure et à Louviers ? je ne crois pas que ce soit juste cela. Sans doute ce journal reste attaché à la Liberté de la presse et à l’éthique qui y est associée.
Je lis aussi L’Yonne Républicaine, journal issu de la Résistance et toujours en SCOP à ma connaissance, je lis ce quotidien par le biais de la toile, cela me permet d’avoir quelques nouvelles de St Florentin, Avallon, Auxerre où j’ai passé mon enfance et où réside encore ma famille. Ce journal reste un bon journal que ce soit dans l’actualité des faits relatés ou dans ses rubriques d’archives historiques liées pour que s’exercent la Mémoire des disparus et Les armes de l’esprit.
J’espère que vous rectifierez au plus vite l’erreur commise et je vous adresse mes salutations de citoyenne républicaine ébroïcienne.
Bernadette Quentin, employée des PTT-FT