"l'imprescriptible crime..." par Annie Camus
Annie Camus
s’adresse à la direction de l’Est Républicain
A Monsieur le Directeur de L'Est Republicain
J'ai suivi attentivement les échanges qui se sont déroulés autour de la
requête de la famille Volson adressée à votre quotidien , ainsi que les
articles parus dans la presse concernant cette affaire.
Je tiens à temoigner du choc profond causé par votre refus de publication de
l'annonce anniversaire de décès de Monsieur Fred Wolfsohn et pire encore
,par votre proposition de "négociation" visant à éliminer la formule
"barbarie nazie "au profit de la notion vague de traumatisme.
Monsieur, est il illégitime de vous demander de rendre compte du fond reel
de votre position en répondant plus précisement à quelques questions?
Dans quel registre peut se situer ce qu'on a qualifié et qu'on qualifie
encore d'innommable ,d'indicible dans l'Histoire de l'humanité?
Dans quel registre,la barbarie,quand elle s'appliqua de façon
systématique,féroce,monstrueuse et inhumaine à des millions d'hommes,de
femmes et d'enfants,s'inscrit elle?
La barbarie nazie?
Crime contre l'humanité,indissociable de l'imprescriptible,faut il vous le
rappeler,au delà de toutes références ideologiques ou politiques.
Faut il vous rappeler aussi que la visée dernière des crimes des bourreaux
qui ont torturé et assassiné ces millions de martyrs etait de faire
disparaitre leurs biens,leurs corps, leurs noms et jusqu'à leur inscription
dans l'Humanité.
Monsieur,à quelle position idéologique,politique et morale êtes vous référé
pour refuser ,dans votre colonne nécrologique,
d'inscrire le Nom et le nom de la mort de Monsieur Fred Wolfsohn ?
Etrange paradoxe puisque ces colonnes restent le lieu d'inscription de la
Mémoire et de l'hommage rendu par les vivants.
Indignée et révoltée par votre refus et maintenant par votre silence face à
la demande de ses fils
Je rends hommage à leurs côtés à Monsieur Fred Wolfsohn
et aux millions de victimes de la barbarie nazie.
Annie CAMUS